Dans la journée, l'oriental ami Y. m'envoie le courriel suivant
:
<<< Je me souviens d'avoir marché à Dresde, à Bangkok, à
Ispahan et à Tananarive, à Gubbio, Weimar, Valparaiso et Genève. Je me souviens d'avoir beaucoup marché à Pragues, Athènes, Copenhague, à Montréal, Vienne et Grenade, à Tunis et à Barcelone, mais
aussi à Bombay, Dakar et La Havane. Je me souviens d'avoir marché longtemps à Londres, à Bruxelles, Venise, Montevideo, Pékin, Rome et Lisbonne. Je me souviens d'avoir marché éperdument, des
jours entiers, à Brest, Hanoï, Santiago du Chili, Asuncion, Buenos Aires et Chicago, au point je crois de pouvoir, aujourd'hui encore, y retrouver mon chemin, et puis Paris, des centaines de
fois, des milliers d'heures.
Je me souviens de ce bonheur paisible et consolant, mains dans les
poches, libre et anonyme dans la foule, rêvant à mes amours et à mes livres, dans la gourmandise des trottoirs rincés à l'eau vive, au déboulé des rues et des boulevards, par les squares, les
jardins, au hasard des librairies, des grands magasins que je traversais de part en part, des ponts, des gares routières et ferroviaires, sous la pluie, dans la neige, le vent, au grand soleil
qui tricotait ses damiers sous le cristal bleu du ciel, dans une déambulation somnambule et éveillée, le plus souvent en une diagonale glissée, sans objectif précis, parfois en de multiples
retours et détours, circonvolutions que motivaient le début d'une palissade, un hangar, un attroupement, une ligne de tramway, le bord de mer ou la rive d'un fleuve, avec une prédilection pour
l'hiver et le crépuscule, n'ayant ni le pas pressé des salariés, ni celui plus court des retraités, mais celui confiant du marcheur, attentif au chapitrage des quartiers, aux blocs d'immeubles
formant des paragraphes, aux pages blanches des places et des squares, texte même de la ville dont la mémoire stimulait la mienne, l'éclairait, la nourrissait, ville familière, étrangère et
recommencée, ville passagère pour furtif passager... >>>
Jean-Luc COATALEM, La Consolation des voyages,
Livre de Poche, 2004
J'ai relu quelques pages, suis tombée sur celle-ci, je me suis dit :
c'est pour un autre Jean-Luc !
bonne après-midi
après quelque repos, je lui réponds ceci :
[...]
Très émotionnante cette intention épistolaire et le passage de ce bouquin me paraît très alléchant !!
La première fois que j'ai quitté notre république à six pans, mon premier voyage intercontinental, je suis allé au plus loin à Duluth, Minnesota, EUA, au plus profond des Grands Lacs
nord-américains. Je savais bien que le Robert Zimmerman avait craché par terre et sur les trottoirs de ce bled et je me suis lancé pedibus à la découverte de la nuit
urbaine.
Nous étions de ces premiers bateaux profitant du dégel du fleuve, des écluses et
des Grands Lacs ; comme s'il ne pouvait rien nous arriver, du haut de mes seize piges, je me suis égaré dans le labyrinthe portuaire en tentant de rejoindre mon "MV Ondine".
Une patrouille de police m'a cueilli dans son carrosse bariolé, avec souples crissements de pneus sur de légers graviers, encore mieux que dans "In the heat of the night" avec
Sydney Poitier et Rod Steiger.
Evidemment un de ces pigs avait des origines francaouies et lointaines. Nous avons ri, beaucoup parlé, bu un peu et fumé cette herbe qui rend nigaud et qui a fait ces lueurs d'orient
déchirer la nuit.
Je n'aime pas ces guides qui veulent tout te dire de où tu es, où tu vas, où tu
devrais aller ...
Mais j'ai gardé le goût de la flânerie, les mains dans les fouilles, le pif dans
les réverbères et la nécessité de n'avoir peur de rien. Malgré que, j'ai toujours un sévère attachement immense à ce petit environnement dunaire de ma jeunesse heureuse, la ville, la cambrousse,
les gens qui les constituent sont toujours une grande jouissance ; un truc qui ne connaît pas les frontières !
Portez-vous bien, là-bas !
amitié
jean-luc saint-marc
[...]
qu'en dis-tu ?